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La France aux 4 200 radars

Une centaine de radars routiers supplémentaires seront mis en service avant la fin de l’année 2013. Frédéric Pechenard, délégué à la sécurité routière, a annoncé le 21 Juin qu’il considérait le nombre total ainsi atteint de 4200 radars comme optimum. Comment en est-on arrivé là ? Les Français ont-ils appris à vivre avec les radars ? Comment s’adapter ? La peur du gendarme est-elle la seule raison de la baisse des tués sur les routes ? C’est le moment de faire le point.

Les radars – Quelle histoire ?

L'ancêtre, le Mesta 206

Les premières limitations de vitesse datent de 1899. Elles imposaient alors 30 km/h sur route et 20 km/h en ville. Abolies en 1922, elles ont été rétablies en 1954, et ont été imposées en 1973 sur les autoroutes.
Les cinémomètres, plus communément appelés « radars », se sont développés sur le bord des routes à partir des années 70. Connu sous le surnom de « barbecue », le Mesta 206 est resté en service jusqu’à la fin des années 90. Il nécessitait la présence active de la maréchaussée.
Les années 2000, réputées technologiques, voient la naissance de radars « visant à automatiser la constatation de certaines infractions routières et l’envoi de la contravention ».

Une implantation sans cesse densifiée

Les radars prennent des formes diverses et occupent désormais des emplacements multiples.

Mesta 1000

• Les radars fixes sont les plus connus. Au 1er mai 2013, on en comptait 2,180 en France. Ces radars-vitesse fixes sont pour partie signalés par des panneaux d’annonce radars, et pour partie précédés de radars dits « pédagogiques ».
Le 15 février 2013, le ministère de l’Intérieur a décidé la mise en place systématique d’un panneau d’annonce devant tous les nouveaux radars-vitesse fixes.

• 1898 radars dits « pédagogiques » fonctionnent sur le territoire et affichent la vitesse, en vert si l’usager est en deçà de la limite, en rouge au-delà. Légers et compacts, ils sont constitués d’un radar Doppler intégré à un afficheur à LEDs. Ils ne sont pas destinés à la verbalisation.

• Les radars mobiles sont embarqués dans un véhicule arrêté et positionné au bord de la chaussée. Leur présence n’est pas annoncée, et ils incitent donc à une vigilance permanente.

• Si les radars de feux rouges sont récents, on en compte déjà pas moins de 713. Leur mode de fonctionnement et la marge technique sont encore peu connus : « Deux photos sont prises : une première si un véhicule franchit la ligne d’effet des feux (LEF), une deuxième si le véhicule poursuit sa route au-delà du feu. Si le véhicule dépasse la ligne d’effet des feux mais s’arrête au pied du feu tricolore avant le carrefour, l’appareil photo se déclenche mais aucun avis de contravention ne sera envoyé. De même, si un véhicule long franchit le feu au vert ou à l’orange mais que la remorque passe au feu rouge, aucun flash ne sera déclenché. »

• Les nouveaux radars mobiles « roulants » embarqués dans des véhicules banalisés sont très redoutés des automobilistes, car ils ne sont pas visibles de l’extérieur et ne « flashent » pas. On en dénombre une vingtaine pour le moement mais leur développement va s’accélérer dans les prochains mois.

• Les radars « tronçons » évaluent la vitesse moyenne sur un trajet autoroutier donné. Une première caméra enregistre le passage de toutes les voitures à l’entrée du tronçon contrôlé. Un ordinateur reconnait l’immatriculation et enregistre l’heure exacte de passage au dixième de seconde près.
A la sortie du tronçon, une autre caméra enregistre la plaque et l’heure de passage des véhicules. La distance entre les deux caméras étant connue, l’ordinateur calcule la vitesse moyenne de circulation sur le tronçon.

Comment s’adapter aux radars ?

L’objectif de la sécurité routière est de densifier les mailles du filet de façon à ce que la vigilance des automobilistes ne puisse se relâcher. Et ça marche, puisque la plupart d’entre eux ont adapté leur style de conduite. La majorité des infractions à la vitesse sont bénignes, et sont le fait d’automobilistes de bonne foi.

Il est utile de rappeler qu’une tolérance est toujours appliquée et que cette tolérance concerne tous les types de radars : une marge de 5 km/h (en dessous de 100 km/h) ou de 5 % (au-dessus de 100 km/h) est prise en compte, toujours à l’avantage du conducteur. Il est donc impossible d’être sanctionné pour un excès de vitesse «insignifiant», puisqu’il faut toujours y ajouter cette marge…

Au delà de cette tolérance, quelques outils permettent de mieux gérer sa vitesse :

– Le régulateur de vitesse, qui équipe la majorité des véhicules neufs, doit être utilisé avec discernement. Son domaine est l’autoroute dégagée… mais c’est aussi là que le risque d’endormissement est le plus élevé. Il est important de le déconnecter dès l’approche d’une zone plus encombrée, afin de ne pas être tenté de le conserver « coûte que coûte » pour maintenir la moyenne.
– Le limiteur de vitesse pourra être utilisé plus largement, que ce soit sur route ou en zone urbaine.
– La technologie progresse à grands pas. Des systèmes de conduite autonomes, capables de suivre le véhicule précédent en respectant les limitations de vitesse et les distances de sécurité, en agissant sur la direction, l’accélérateur et les freins, se développent sur les véhicules premium.
– Les « avertisseurs de radars » ont été convertis en « avertisseurs de zone de danger », avec des fonctions finalement assez proches. Densification des contrôles aidant, ces outils d’alerte de zone « à risque » peuvent vite devenir agaçants s’ils « bipent » en permanence… Il est possible qu’ils finissent par connaître le même désengouement que la CB dans les années 80.

Les radars sont-ils vraiment utiles ?

Pour 2012, l’ensemble des coûts liés aux radars est évalué à 200 millions d’euros, pour des recettes de 700 millions d’euros. Ce résultat purement économique d’un demi-milliard d’euros ne fait pas oublier l’essentiel : le bénéfice en sécurité et vies humaines. Le journal Le Monde, dans son édition du 22 juin 2013, a tenté de mettre de la réflexion dans la polémique : au mois de mai 2013, 226 personnes ont été tuées sur les routes de France au lieu de 321 en mai 2012. D’après Le Monde, les facteurs de progrès identifiés sont les suivants :

– la météo a certainement dissuadé motards et automobilistes de prendre la route,
– le contexte économique incite à rouler moins et moins vite.
– l’annonce, puis la mise en place des radars “mobiles mobiles”, ou “mobiles de nouvelle génération”, aurait été déterminante depuis le mois de mars.

On ne peut pourtant ignorer l’influence sur les résultats de la qualité des véhicules, et de celle des réseaux routiers. Conduire un véhicule moderne sur autoroute est infiniment moins dangereux que conduire un véhicule des années 90 sur une route nationale. Il est vrai que les chiffres disponibles sont peu nombreux, et que si les constructeurs communiquent sur les équipements de sécurité de leurs véhicules, ils ne diffusent pas de chiffres sur les vies sauvées. Bien qu’il soit difficile d’affecter un niveau d’influence précis à chacun des paramètres, il est indéniable que leur combinaison est efficace pour la sécurité. N’est ce pas l’essentiel?

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