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Quand l’accessoire devient l’essentiel !

Les technologies de l’information apprennent à cohabiter avec le moteur à explosion.
Cantonnées à l’origine dans des missions de divertissement, de maintenance, voire de guidage, elles vont prendre le contrôle de l’automobile… et de l’automobiliste.
Deux étapes bien distinctes peuvent être identifiées : le véhicule communiquant d’abord, le véhicule autonome ensuite – ce dernier doit nécessairement utiliser les technologies du véhicule communiquant pour fonctionner.

Le véhicule communiquant

L’autoradio, le télépéage, le GPS : autant de technologies qui ont balisé le chemin vers un véhicule ouvert à l’information. Les systèmes actuels sont déjà adaptés à une communication multilatérale : les usagers d’une même plate-forme peuvent participer à un réseau collaboratif (type Waze) et échanger des informations en temps réel.
Le champ des possibilités va désormais s’élargir très vite. Les nouveaux modèles de véhicules offriront des connexions internet diverses : intégration d’une unité téléphonique 4G dans le tableau de bord, module de navigation séparé, boîtier Wi-Fi, connectique USB, Bluetooth…

Les occupants du véhicule pourront ainsi accéder à des services diversifiés tels que la météo, la musique en ligne, les réseaux sociaux, les places de parking ou stations de recharge disponibles, mais également à des fonctions plus sophistiquées parmi lesquelles figure au premier rang l’autopartage.

Le véhicule autonome

Une voiture autonome est capable de rouler automatiquement et en toute autonomie dans le trafic réel, sans l’intervention d’un être humain.
Le véhicule autonome est équipé de capteurs dont les données sont traitées par des logiciels spécifiques :

  • Ces logiciels reconstituent la situation routière et utilisent des algorithmes d’intelligence artificielle pour décider de l’action à réaliser sur les commandes du véhicule.
  • Les actions décidées par le logiciel sont réalisées par servocommandes sur la direction, l’accélérateur, le frein, et les diverses interfaces du mode conduite automatique.

Dès 2010, Google avait mis au point un système de pilotage automatique baptisé « Google Car », déjà installé sur huit véhicules – six Toyota Prius, une Audi TT et une Lexus RX-450h – qui ont parcouru plus de 800 000 km en Californie, sans avoir provoqué d’accident.

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Mais ces véhicules entièrement autonomes ne sont pas prêts à la commercialisation. Aussi, dans un premier temps, l’automatisation sera-t-elle réservée à certaines phases de conduites, jugées ennuyeuses pour le conducteur, comme la conduite sur l’autoroute, dans les embouteillages, ou pour le stationnement. Il faudra donc encore attendre un peu pour s’équiper d’une voiture entièrement autonome !

Apple & l’automobile

 

Apple a annoncé le lancement imminent de « CarPlay », permettant d’avoir accès à toutes les fonctionnalités de l’iPhone dans sa voiture. « CarPlay donne aux utilisateurs de l’iPhone un moyen incroyablement intuitif de passer des appels, d’utiliser des cartes, d’écouter de la musique et d’accéder à leurs messages par un simple mot ou en touchant une seule fois l’écran », explique Apple.
Ferrari, Volvo et Mercedes-Benz ont présenté cette nouvelle technologie lors du Salon automobile de Genève. Honda, BMW, Toyota, General Motors ou encore PSA Peugeot Citroën vont rapidement les rejoindre.

Comment ça marche ?

Les automobilistes brancheront leur iPhone dans leur véhicule, pour utiliser ensuite un écran tactile intégré, situé à côté du tableau de bord. L’assistant vocal Siri répond aux directives orales et assiste l’automobiliste pour passer des appels, lire ou envoyer des messages écrits. CarPlay pourra aussi rechercher des informations dans les données de l’iPhone pour conseiller un itinéraire en fonction de la circulation.

Quoi de vraiment neuf ?

Si CarPlay constitue effectivement un moyen intelligent et sûr d’utiliser l’iPhone dans une voiture, l’innovation demeure pour le moment limitée. Mais il est certain qu’Apple ne s’arrêtera pas là. Dans une automobile sans cesse plus automatisée, il sera possible d’exploiter le temps disponible pour distraire les passagers et même le conducteur. Ainsi Apple pourrait considérer l’automobile comme un terminal supplémentaire. De là à concevoir une automobile, il reste du chemin à parcourir.

L’interview récente d’Elon Musk, président de Tesla, laisse à penser que nous ne sommes qu’au début du processus :

Cliquez sur l’image ci-dessous pour voir la vidéo

tesla-apple

Les effets d’annonce liés à ces innovations entraînent de nombreuses questions. Il apparait utile de passer en revue les domaines que ces technologies vont impacter.

Sécurité

Il s’agit du premier argument des concepteurs de véhicules autonomes, mais plusieurs années de test devront encore en apporter la preuve.

  • La technologie, réputée plus fiable que le conducteur, offre soit d’assister le conducteur, soit de le remplacer. Les réseaux WiFi ou 4G permettent de situer en temps réel les véhicules les uns par rapport aux autres et de gérer les situations de danger.
  • Le bénéfice serait donc une réduction des accidents. L’étape « véhicule communiquant » devrait déjà considérablement améliorer la sécurité, par simple assistance du conducteur.

La médaille a son revers :

  • Le piratage informatique pourrait compromettre la circulation des véhicules et potentiellement la sécurité,
  • Les voitures autonomes ne pouvant obéir aux signaux de la police, il faudra concevoir de nouveaux outils pour réguler la circulation…

Vitesse & productivité

Dans le cas du véhicule autonome, une augmentation des limites de vitesse pourrait être envisagée, le respect automatique de la signalisation, des distances de sécurité et la bonne détection d’obstacles étant en quelque sorte « garantis».

Ecologie & économie

Grâce au système de communication entre véhicules, la régulation quasi instantanée du trafic génèrera une meilleure circulation et une réduction des embouteillages. Ces progrès peuvent être enregistrés dès l’étape du véhicule communiquant.

Confort & agrément

Les occupants de la voiture pourront focaliser leur attention sur autre chose que la conduite, ce qui n’échappe pas aux acteurs du marché qui trouveront les offres pour divertir les passagers des voitures du futur.
Le média radio sera sans doute très impacté par « l’internet of cars ». Des services de radio très personnalisés comme Pandora arrivent dans les véhicules aux Etats-Unis. La publicité sera plus interactive et pourra mettre en contact par la voix conducteurs et annonceurs.
Dans ce cadre, il est probable que la notion d’ « agrément de conduite » à l’ancienne risque bien de disparaitre.

Services

L’éventail des services au conducteur va s’élargir. C’est déjà le cas pour la location longue durée. En permettant une communication fluide entre loueurs et conducteurs, les nouvelles technologies facilitent le bon usage du véhicule et l’accès à l’ensemble des services souscrits par l’entreprise.
Il sera alors possible de faire émerger la notion de TCO conducteur, qui permettra d’améliorer le TCO global des flottes LLD et ainsi de rendre un service plus complet au gestionnaire de flotte.

Législation

Quatre États des États-Unis autorisent les véhicules autonomes sur leur territoire : le Nevada (depuis juin 2011), la Floride (depuis avril 2012), la Californie (depuis septembre 2012) et le Michigan (fin 2013).
Le droit communautaire européen impose au conducteur de garder le contrôle de son véhicule à tout moment. En Europe, on peut prévoir que le législateur sera un peu en retard sur la technologie…

Secteur automobile

La voiture autonome va constituer la prochaine rupture technologique de l’industrie automobile.
Google ne conservera pas longtemps son quasi-monopole de ce domaine. Le contrôle de la connectivité du véhicule est l’enjeu de cette décennie et déterminera le futur de l’ « internet of cars ». Ainsi Renault-Nissan annonce un début de commercialisation en 2020.
« L’innovation est au cœur de la stratégie des constructeurs automobiles, rares sont ceux qui ne s’intéresseront pas à cette innovation très prometteuse. A terme, les constructeurs le savent, les voitures seront entièrement ou partiellement automatisées », explique Véronique Saubot, de Coronelli International.

Assurance

Le sujet de la responsabilité juridique engagée en cas d’accident fait également débat. Les assurances devront adapter leurs services en faisant éventuellement basculer le risque du conducteur au constructeur-fournisseur du véhicule autonome. Ces constructeurs pourront en profiter pour inclure des assurances dans leurs offres.
A plus court terme, les assureurs pourront être tentés d’analyser les circonstances enregistrées d’un accident (position, vitesse…) pour répartir les responsabilités.

dossier d'assurances

Vie privée

Les automobiles deviennent de véritables capteurs de données, qui vont intéresser aussi bien les assureurs que les constructeurs automobiles, les médias, les entreprises de technologie, ou encore les autres automobilistes. Les questions de confidentialité, de sécurité et de monétisation de ces données restent à résoudre, et la ligne de partage entre vie privée et utilisation des datas sera à définir.

Electronique embarquée, conducteur débarqué ?

Si les questions non résolues demeurent nombreuses, il n’en reste pas moins vrai que l’automobile est aujourd’hui en route vers la communication et l’automatisation.
Cette révolution copernicienne, qui va conduire l’industrie automobile à repenser son modèle économique dans son ensemble, verra entrer de nouveaux acteurs qui vont considérer le véhicule comme un terminal.

Les loueurs longue durée ont depuis longtemps intégré la notion de « services compris » intégrant le financement, l’assurance, l’entretien… Ils feront partie de la solution du futur « car as a service ».

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