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Mode collaboratif : un train à prendre pour les flottes automobiles

Blablacar, sites de crowdfunding, AirBnB… Les exemples d’entreprises fondant leur succès sur des modèles collaboratifs se multiplient. Et le phénomène semble durable, y compris dans un contexte d’entreprise où la génération Y compte de plus en plus dans les effectifs. Les impacts seront inévitables sur des activités aussi installées que la gestion des flottes de véhicules. Nos pistes pour surfer sur la vague.

Avec ses six millions de membres en Europe – dont trois en France, son pays d’origine -, Blablacar est devenue en quelques années le symbole d’une nouvelle économie, basée sur une collaboration désirée et organisée, entre conducteurs et passagers. Les comptes de la société sont florissants, elle vient même de procéder à une nouvelle levée de fonds l’été dernier pour accélérer son développement à l’international. Mieux – ou pire, selon le point de vue adopté – elle vient bousculer des modèles économiques aussi établis que ceux de la SNCF, qui voit une partie importante de la jeune génération délaisser ses lignes de transports ferroviaires. Au point que l’entreprise a décidé à son tour de se lancer dans le covoiturage, en rachetant le site 123envoiture.com. Et qu’elle met les bouchées doubles sur le développement de lignes de bus venant compléter son offre de trains.

Le covoiturage en train de menacer le train ?

Toujours dans le registre du transport, la société américaine Uber défraye la chronique depuis quelques mois en proposant à ses clients des grandes villes dans le monde –parmi lesquelles 6 françaises – d’accéder simplement à des services de VTC (Voiture de Tourisme avec Chauffeur). Des services accessibles avec un simple smartphone et qui rendent le trajet moins coûteux qu’avec un taxi traditionnel, ce qui n’a pas manqué de provoquer l’ire de la profession. La polémique, en France, mais également dans plusieurs villes d’Europe (Berlin et Bruxelles, par exemple, ont pour l’instant interdit l’installation d’Uber), n’empêche pas le succès de la société, dernièrement valorisée à 17 milliards de dollars.

Huit français sur dix. Et vos collaborateurs alors ?

financement-participatifLe développement des usages collaboratifs ne se limite pas à la sphère des transports, qui fait néanmoins partie, avec la revente de biens, l’échange/troc, l’achat groupé et la location de biens, des pratiques les plus répandues (enquête TNS Sofres/La Poste 2013). Huit français sur dix pratiquent déjà, ou ont l’intention de pratiquer la consommation collaborative.
Dans chaque sphère concernée, les nouveaux entrants bousculent les règles du jeu et les positions établies des acteurs historiques. Par exemple, dans le domaine du financement de projets – culturels notamment – les sites de crowdfunding (en français, financement participatif), deviennent une alternative crédible aux acteurs traditionnels. Les banques surveillent également de très près cette nouvelle offre de prêts aux petites entreprises.

J’irai dormir chez vous…

Et que dire du secteur du secteur du tourisme ? Les sites permettant aux particuliers de voyager partout dans le monde et de se loger en dehors des circuits traditionnels de l’hôtellerie connaissent un succès considérable (AirbnB). Quant au secteur de la restauration, il est en train de passer sous les fourches caudines de sites qui organisent à la fois les réservations, les accès à des réductions négociées, mais aussi les commentaires des convives (ex : La Fourchette).
Difficile de croire que cette révolution, basée sur le partage des biens, mais aussi celui des connaissances et des opinions, puisse ne pas concerner les flottes automobiles d’entreprise. Quatre raisons au moins à cela :

  • La génération Y, à son tour, accède aux véhicules d’entreprises : or elle est plus concernée que les précédentes par la problématique des émissions de CO2, les dépenses inutiles, toutes liées à un usage mono utilisateur d’un véhicule.
  • Les déplacements sont de plus en plus multi-modaux : Or cette approche optimisée des déplacements – temps, budgets, rejets de CO2 – s’appuie déjà en partie sur des moyens de transports partagés – vélos, voitures, places de parking.
  • L’entreprise peut y trouver un intérêt financier : en organisant au mieux le partage des véhicules de sa flotte, elle peut réduire sa facture globale, ou rendre ses véhicules accessibles à un plus grand nombre de collaborateurs.
  • Les leçons de l’histoire récente : depuis vingt ans, les usages autour des technologies de communication prennent d’abord leur essor dans la sphère privée, avant d’atteindre inexorablement le monde de l’entreprise. Pourquoi en irait-il autrement avec le collaboratif ?

Dès lors, la question n’est peut-être déjà plus de savoir « si »… mais plutôt « quand » les nouveaux usages vont impacter vos flottes automobiles. Et si possible, d’essayer de peser sur le « comment ». Plusieurs pistes semblent d’ores et déjà prometteuses.

  • Autoriser, en les assortissant de conditions de transparence pour le bénéficiaire du véhicule, des pratiques de covoiturage – par exemple avec des voisins sur un trajet domicile-bureau, ou domicile gare, dans un contexte multi-modal.
  • Proposer des services complémentaires, par exemple des places de parking partagées, ou des taxis collectifs, voire des VTC
  • Simplifier l’accès aux services partagés, par exemple au niveau du paiement
  • Impliquer les collaborateurs par des incentives, leur permettant de bénéficier d’une partie des économies réalisées – y compris en termes de CO2. Et pourquoi pas, pour rester dans l’esprit collaboratif, sous forme de cagnottes à utiliser collectivement ?

Dans tous les cas, on le comprend bien, face à des consommateurs devenus prompts à exprimer leurs sentiments, positifs et négatifs, la transparence devra être de mise sur les objectifs, les résultats, et les conséquences de ces démarches collaboratives. Un effort inhabituel peut-être, voire incongru dans certaines organisations. Mais qui aura le mérite de l’aider à participer, en l’anticipant, à cette modification profonde des comportements de collaborateurs/citoyens/consommateurs. Donc à mieux les comprendre. Pour mieux les séduire ensuite ?

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