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Nouvelles mobilités, nouveaux territoires ?

Un colloque organisé le 11 février dernier par l’Institut d’aménagement et d’urbanisme, en partenariat avec « Le Monde », présentait les conclusions d’une quarantaine d’experts sur les bassins de vie. Pour montrer notamment que nos déplacements, comme notre sociabilité, sont de moins en moins attachés à un territoire, mais bien à nos réseaux personnels.

Chacun de nous se déplace autour de son domicile : pour aller travailler, pour suivre des études, pour effectuer ses courses, ou consulter un médecin par exemple. Ces trajets définissent des territoires définis par les pratiques de leurs habitants. Ils sont baptisés « bassins de vie » par l’Insee. La France en compte 1 666, rappelle le journal Le Monde. Et l’Etat, depuis des décennies, appuie ses réflexions sur l’intercommunalité ou l’aménagement du territoire sur ce découpage. C’est encore le cas de la loi du 27 janvier 2014, qui prévoit de créer des intercommunalités d’au moins 200 000 habitants en Essonne, en Seine-et-Marne, dans le Val-D’oise et les Yvelines au 1er janvier 2016. Avec des décisions importantes à venir en matière d’offre de transports par exemple.

Sauf que les chercheurs (géographes, sociologues, statisticiens, urbanistes) sollicités par l’IAU-IDF (Institut d’aménagement et d’urbanisme de l’Île-de-France) montrent, au travers d’exemples concrets, que cette façon de découper le territoire mérite d’être interrogée. Ils citent ainsi le cas de deux voisins, l’un actif, père de deux enfants, travaillant à la Défense ; L’autre retraité, peu à l’aise avec internet, qui se déplace plutôt pour faire ses achats quotidiens et ses démarches administratives. Résultat, un « rayon d’action » de 30 km pour les déplacements du premier, et de seulement 7 km pour le second. Et une question : est-on certain que l’on peut satisfaire ces deux habitants avec la même offre, sous prétexte qu’ils résident dans le même « bassin de vie » ?

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Trente kilomètres de rayon

De nombreux experts en doutent. Ainsi, Martin Vanier, géographe, professeur à l’université de Grenoble, explique : « C’est une représentation quasi obsolète (…) forgée dans les années 1970 lorsque les comportements quotidiens des Français étaient encore homogènes (…). Depuis, les déplacements n’ont cessé d’accentuer leur portée, sans parler des effets d’Internet. L’unité de vie spatio-temporelle s’est estompée. Les habitants d’un même territoire et surtout d’une même grande ville ont de moins en moins les mêmes rythmes et les mêmes horizons. Ce qui les réunit, plus que leur adresse, ce sont leurs trajets et les lieux de leur sociabilité professionnelle, ou autre. Les usagers de telle ou telle ligne du RER ont autant d’intérêts à partager qu’avec leurs voisins de résidence ! ».

Il n’empêche, des urbanistes comme Christian Devillers et Marie Evo, s’appuient sur le concept de bassin de vie pour en faire émerger une quarantaine en Ile de France, qui comprennent entre 50 000 et 500 000 habitants. Selon eux, desserrer la pression démographique et foncière qui pèse sur l’agglomération parisienne et permettre « l’efficacité économique » de la métropole du Grand Paris supposerait de miser davantage sur ces 40 grands pôles franciliens en les dotant d’équipements et de transports adaptés.

La mesure de nos déplacements

Sur la base de leurs études, mais aussi pour nourrir la réflexion de tous ceux qui pensent la mobilité des citoyens en région parisienne, une étude de l’IAU Ile de France apporte des éléments très concrets.
En 34 ans, de 1976 à 2010, la longueur des trajets des Franciliens a augmenté de façon systématique, mais disparate selon qu’ils résident dans Paris, en petite ou en grande couronne. Les différences dépendent aussi de l’objectif des trajets. Ainsi :

  • Les habitants de la Grande Couronne ont accepté une augmentation de leurs trajets de 39% pour aller travailler, de 48% pour suivre des études ou encore de 38% pour effectuer leurs achats – sur fond de développement des zones commerciales.
  • Les parisiens et habitants de la petite couronne sont restés beaucoup plus centrés sur leurs territoires, avec des augmentations de trajet de l’ordre de 15 à 20%. Exception notable toutefois, avec une progression de 39% des trajets pour leurs achats.
  • A noter que c’est pour leurs loisirs que les trois catégories ont fait le moins d’efforts (8 à 11% d’augmentation de trajets).

Grâce au STIF (Syndicat des Transports d’Ile de France), l’IAU a également pu calculer que quotidiennement, 8 millions de déplacements se réalisaient dans Paris (et 4,1 millions dans les Hauts de Seine, par exemple). Autre constat, qui peut surprendre : la plupart de ces trajets des franciliens se font à l’intérieur de leur département de résidence.

En revanche, pas de surprise concernant les tranches d’âge qui bougent le plus : Ce sont les 21-25 ans (6,2 km par jour), suivis des 46-55 ans (5,7 km), des 36-45 (5,2 km) et des 26-35 ans (5 km). Les personnes âgées et les plus jeunes sont beaucoup plus sédentaires.

Enfin, une confirmation : aller au travail et se déplacer professionnellement sont les deux motifs qui engendrent les plus longs trajets (respectivement 12 et 11 km quotidiens pour un habitant de Grande Banlieue, contre 5 km dans les deux cas pour un parisien).

Même constat pour la durée des trajets (35 et 41 min pour les banlieusards, 29 et 33 min pour les autres), même si la meilleure fluidité des déplacements, probablement en voiture ou en RER, atténue les écarts entre les deux populations.

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