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Assurance auto : les objets connectés en prime

Les objets connectés font de plus en plus partie de notre quotidien. Les compagnies d’assurances ne sont pas en reste : elles testent la possibilité de mieux cerner les risques encourus par chaque assuré et notamment les automobilistes grâce à des boîtiers installés dans leurs véhicules. A la clé, des calculs de prime optimisés. Un vrai plus également pour les gestionnaires de flottes automobiles. Et ce n’est pas le seul !

Internet a ouvert la voie au développement des objets connectés, qui en quelques années ont trouvé leur place dans la plupart des foyers. Et cela ne fait que commencer. Demain, tous les objets seront connectés à Internet et donc capables d’émettre et de recevoir de l’information. Rien qu’entre 2010 et 2012, leur nombre est passé de 4 milliards d’unités à 15 milliards, rappelle le consultant Georges Bachette-Peyrade. Et selon l’IDATE*, ils seront 80 milliards en 2020, ce qui représente plus de dix objets connectés par individu sur terre.. Parmi ceux que nous connaissons déjà bien il y a les montres, les bracelets, les pèse-personnes, les détecteurs de fumée… Et dans nos voitures, des boitiers qui enregistrent nos déplacements et diverses données sur notre conduite.

Le monde de l’assurance n’a pas tardé à explorer ces nouveaux territoires. Et même si l’assurance dite «connectée» en est encore à ses débuts, le segment de l’assurance auto s’avère le plus dynamique. En mars dernier, une enquête du cabinet Roland Berger et de l’association spécialisée dans les services financiers Efma menée dans huit pays européens (France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni, Portugal, suisse, Italie et Espagne) montre que 60% des 35 premiers acteurs européens proposent déjà des offres connectées à leurs assurés automobiles. L’Italie et le Royaume-Uni sont leaders en la matière. En France, trois des cinq assureurs majeurs sont concernés. Le marché est prometteur : selon les experts des compagnies européennes interrogées, les assurances automobiles connectées représenteront 7% des nouvelles souscriptions d’ici 2017 et 34% à l’horizon 2025.

objets-connectes

Les assureurs européens en ordre de marche

Les offres déjà popularisées visent à la personnalisation des offres et des services. Pour séduire les automobilistes qui parcourent peu de kilomètres par an ou ceux qui adoptent des conduites prudentes, les offres de type « pay as you drive » sont apparues. Les assureurs français pionniers ont été Amaguiz (Groupama) et IDMacif (Macif). Compte tenu des restrictions imposées par la CNIL, ils ne peuvent s’appuyer que sur les données de kilomètres parcourus pour le calcul de la prime et sur une évaluation des consommations et du comportement de l’assuré, grâce aux données transmises par un boitier émetteur branché dans le véhicule.

Moins contraints par leur réglementation locale, d’autres assureurs vont déjà plus loin, comme les américains Progressive et Allstate, qui analysent aussi le comportement de l’assuré à travers des données comme l’heure à laquelle il prend la route, ses freinages brusques, ses accélérations rapides et sa vitesse.

Ces analyses permettent d’affiner le calcul des primes, surtout si elles sont réalisées à grande échelle, en rassemblant les données de milliers d’automobilistes, pour optimiser la gestion des risques (Big Data).

Dans un avenir proche (et sous réserve que l’accès aux données leur soit possible), Elles pourraient aussi servir aux responsables de flottes automobiles dans le cadre de leurs politiques de prévention des risques ou pour accompagner les programmes de formation à l’éco-conduite.

La question de la confiance des automobilistes dans ces objets connectés et dans l’usage des données transmises sera primordiale. Une réponse possible consiste à privilégier la récompense des bons comportements, plutôt qu’à sanctionner les moins vertueux. Autre possibilité, proposer aux conducteurs des dispositifs dont le bénéfice est si important qu’ils seront prêts à les adopter. A cet égard, il est bon de souligner ici que selon une étude mondiale conduite par Forrester Research, 70 % des consommateurs seraient prêts à embarquer un objet connecté dans leur véhicule afin de diminuer leur prime d’assurance.

Sécuriser aussi les flottes d’entreprises

Dans le cadre des contrats de LLD, il est déjà possible d’intégrer le paiement des primes aux loyers mensuels. De nouvelles pistes intéressantes se profilent :

  • Anticiper sur l’évolution des primes : aux Etats-Unis, ou le « pay how you drive » est déjà possible, les assureurs jouent la transparence et permettent à leurs clients d’accéder, dans un espace privé sur internet, à leurs données de conduites collectées, ainsi qu’à une projection de l’évolution de leurs primes. Transposé à la gestion d’une flotte automobile, ce service offrirait une excellente visibilité sur la dépense assurantielle de l’entreprise.
  • Assistance en cas de sinistres : les services Allianz Helpbox (Suisse) et Vitality Drive chez Discovery (Afrique du Sud) permettent, à l’aide du boîtier connecté au véhicule, de déclencher l’assistance de manière instantanée en cas de sinistre : accident, panne ou vol du véhicule.
  • Optimisation de l’entretien du véhicule, au moyen de rappels et de recommandations.

Dans les prochaines années, les gestionnaires de flotte et les automobilistes peuvent donc espérer le développement de nouvelles relations avec leurs assureurs à travers des offres personnalisées permettant d’optimiser le calcul des primes.

Si l’expertise des compagnies d’assurance n’est pas remise en question pour la gestion du risque (il s’agit de leur métier historique !), elles ont néanmoins tout à gagner à rajeunir leur image, en ciblant notamment une population jeune et technophile, comme l’explique le consultant Julien Maldonato, spécialiste de la transformation digitale dans les institutions financières. Cela passera sans doute par des partenariats avec des acteurs émergents dans les nouvelles technologies et, pourquoi pas, avec ceux des constructeurs automobiles qui auront saisi cette opportunité de renouveler, eux aussi, le lien avec leurs clients.

* IDATE : Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe, créé en 1977, l’IDATE est un laboratoire d’idées spécialisé dans l’économie numérique, les médias, l’internet et les télécommunications.

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