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Véhicules autonomes : la révolution sur la route… Et chez les assureurs !

En attendant le déferlement des véhicules autonomes – 30% de la production mondiale en 2035 – les assureurs s’interrogent déjà sur l’évolution de leurs contrats, pour des véhicules et des occupants qui connaitront beaucoup moins de sinistres. Ils doivent aussi penser à la période de cohabitation qui va s’ouvrir entre les véhicules « classiques » avec conducteur et ces nouveaux modèles, sur les mêmes infrastructures routières.

Les experts du marché automobile en sont tous certains : en 2035, les véhicules partiellement ou entièrement autonomes, représenteront près de 30 % de la production mondiale. C’est par exemple l’opinion du cabinet Oliver Wyman, qui s’appuie sur cette statistique prometteuse pour pronostiquer une reconfiguration complète de la chaîne de valeur de l’assurance automobile.

Il faut dire que l’industrie automobile européenne pourrait commercialiser des véhicules autonomes rapidement. C’est ce qu’ont laissé entendre Safran et Valéo en présentant fin Mars 2015 leurs prototypes d’équipements électroniques, notamment de détection, destinés à équiper les futurs véhicules autonomes. Et d’ici deux mois, aux Pays-Bas, le Wepod, un véhicule d’origine française, va être testé entre deux villes distantes de dix kilomètres, sur une route partagée avec des véhicules traditionnels. Une cohabitation inédite, qu’il va falloir « assurer ».

Pourquoi les assurances vont-elles devoir évoluer ?

Le monde de l’assurance commence donc à s’en préoccuper, car son écosystème risque d’en être bouleversé. Voici pourquoi :

La sinistralité des véhicules autonomes devrait connaître une forte baisse : selon plusieurs études, ces véhicules présenteraient des risques d’accidents dix fois moins élevés que les voitures actuelles. Rappelons ici que l’erreur humaine est la cause de plus de 90 % des accidents de la route. Les systèmes d’aide à la conduite commercialisés (radar anticollision, régulateur de vitesse intelligent, etc.) contribuent déjà à faire baisser le nombre de sinistres. Par exemple, les voitures équipées de systèmes de prévention des collisions frontales enregistrent une baisse de 15 % de leur fréquence de sinistralité.

Allant plus loin, une étude KPMG estime que le risque d’accident de la voiture autonome est si faible que l’on pourrait économiser, en France, 30 000 hospitalisations et 4 milliards d’euros de dédommagements chaque année. Plus généralement, le coût total des sinistres baisserait de 40%.

Le conducteur s’efface au profit de l’utilisateur mais il faut assurer : En termes de mobilité, la conduite autonome redonne de la mobilité à des personnes qui n’y avaient pas, ou plus accès (conducteurs privés de permis, personnes âgées, etc). Les offres d’auto-partage, pour les particuliers comme dans les entreprises, devraient rencontrer un succès d’autant plus grand. Dans cette nouvelle donne, de plus en plus, c’est l’utilisateur d’un véhicule qu’il faudra assurer, pas son propriétaire.

Les notions de responsabilité sont à redéfinir : Vers qui se tournera-t-on en cas d’accident impliquant un tel véhicule ? Celui qui l’utilise sera généralement dédouané de toute faute, mais quid de la responsabilité du constructeur automobile, du concepteur des algorithmes, du fournisseur des capteurs ou encore des pouvoirs publics censés entretenir l’infrastructure routière ? Le débat ne fait que commencer, et il prend même une tournure éthique : « Si, par exemple, un véhicule autonome fait face à un obstacle en situation d’urgence et doit choisir entre causer des dommages à ses occupants ou à une tierce personne, ou entre deux tierces personnes, comment devrait-il réagir ? », interroge Oliver Wyman. Une question qui implique un système d’aide à la décision sophistiqué… donc des responsabilités potentielles à assumer en cas de défaillance !

Le paysage automobile va être bouleversé : nous parlons bien ici du paysage que notre société dite de l’automobile a contribué à façonner depuis plus d’un siècle. Si les embouteillages, le trafic urbain, la pollution et ses conséquences sur la santé sont voués à disparaitre, les assureurs devront intégrer de nouveaux modèles pour l’évaluation des risques et le calcul des primes.

Les réponses des assureurs

Les compagnies d’assurance ont déjà entamé la réflexion, comme April qui souligne que « si les sinistres les plus coûteux (humainement et financièrement) sont amenés à disparaître, certains perdureront (vol, incendie, pannes, etc.), suivis de leur cortège de problèmes : rentrer chez soi, obtenir une voiture de remplacement, faire remorquer le véhicule… »

Les assureurs vont en tout cas pouvoir se nourrir d’une quantité inédite de nouvelles données fournies par les multiples capteurs de ces véhicules autonomes. Parmi leurs pistes de travail, la passation d’accords avec les constructeurs automobiles pourrait justement permettre un travail commun sur l’exploitation de ces « Big Data », au profit de l’amélioration des modèles pour les uns, d’un meilleur ajustement des primes d’assurances pour les autres.

De nouveau acteurs ?

Les assureurs peuvent craindre l’arrivée de nouveaux acteurs – Google, Apple… – sur leur marché. Ces champions de l’innovation digitale ont déjà largement démontré leur capacité à faire bouger les lignes de nombreux secteurs de l’économie. Or le passage à la voiture autonome peut bousculer l’industrie automobile d’une façon que certains n’hésitent pas à comparer à l’impact d’une chute de météorites sur la survie des dinosaures. Plus sérieusement (?), rien qu’aux Etats-Unis, le poids de l’économie liée à l’industrie automobile dans sa globalité est estimé à environ 2 000 milliards de dollars par an. Dans ce chiffre, 450 milliards proviendraient du secteur de la réparation automobile, 600 autres des ventes de véhicules, 200 des primes d’assurance, le solde des dépenses de soins aux accidentés, des aménagements urbains à la charge des états, ou encore des frais d’avocats liés à la détermination des responsabilités en cas de sinistres. L’ensemble de ces segments seront affectés par l’irruption des véhicules autonomes … Tout laisse à penser que le secteur de l’assurance ne sera pas épargné !

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