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Mobilité des collaborateurs : Les bons plans de l’entreprise

Au premier janvier 2018, toutes les entreprises comptant plus de 100 salariés devront mettre en place un « Plan de Mobilité ». Passée relativement inaperçue lors de la publication de la loi sur la transition énergétique en août dernier, cette nouvelle disposition aura des implications importantes pour les employeurs et leurs collaborateurs.

La mesure a d’abord pour objectif de dresser un état des lieux de la mobilité liée au travail (déplacements professionnels et trajets du domicile au lieu de travail) et au site d’emploi (accessibilité de l’entreprise, état du stationnement). Elle permet ensuite aux entreprises de lancer des actions, en concertation avec leurs salariés, pour améliorer cette mobilité et en diminuer l’impact carbone.

Marie-Hélène Chapel, MHC Conseil, accompagne depuis plus de vingt ans les entreprises et les collectivités pour la mise en oeuvre de leurs plans de déplacement.

Marie-Hélène Chapel, MHC Conseil, accompagne depuis plus de vingt ans les entreprises et les collectivités pour la mise en oeuvre de leurs plans de déplacement.

Le plan de mobilité prend le relais d’une précédente disposition, le Plan de déplacement d’entreprise (PDE). « Celui-ci existe depuis une vingtaine d’années, rappelle la consultante Marie-Hélène Chapel de MHC-Conseil. Mais ce PDE n’a jamais été imposé aux entreprises sauf, depuis quelques années, dans le cadre de certains Plans de protection de l’atmosphère (PPA), eux-mêmes s’inscrivant dans le cadre du Plan Climat Global ».
Il existe aujourd’hui 36 PPA en France (dont 28 signés), dans des zones urbanisées où les déplacements professionnels, les trajets domicile-travail et les transports scolaires contribuent régulièrement à dépasser les seuils critiques de pollution de l’air.
« Lors de la mise en place d’un PPA, une mesure peut consister à imposer aux entreprises la réalisation d’un PDE. C’est ce qui s’est produit dans les Bouches-du-Rhône, autour de l’étang de Berre, pour celles qui emploient plus de 250 salariés ».
Mais qu’en est-il dans les faits ? Marie-Hélène Chapel est tout à fait claire : « C’est l’engagement des dirigeants qui fait le succès d’un PDE, pas la contrainte. D’autant que pour l’instant, jamais aucune sanction n’a été prononcée à l’égard d’une entreprise qui n’avait pas respecté cette obligation. Il y en a pourtant beaucoup ».

Les mobiles de l’entreprise

idees-simples-surprenantes

La motivation d’une entreprise pour réaliser un PDE (ou le futur PDM) sont variées. Christèle Bortolini, chargée de mission à l’Ademe sur le management de la mobilité, relève plusieurs facteurs déclenchants : « La première source de motivation relève d’une démarche de communication interne et externe autour des valeurs d’image « verte » de l’entreprise, ainsi que d’une volonté de protéger l’environnement, éventuellement dans le cadre d’une politique RSE. Les contraintes liées à l’accessibilité et au stationnement du site sont également un enjeu majeur. Le PDE est aussi un levier de management, permettant de rassembler l’ensemble des salariés autour d’un projet d’entreprise. L’origine de la démarche peut enfin être d’ordre économique : beaucoup de salariés vivent au quotidien les difficultés de circulation et/ou une pénurie de transports collectifs dans des bassins d’emploi denses, le manque de parkings ou leur coût trop élevé. Améliorer la mobilité des salariés, c’est améliorer leur bien-être (santé et sécurité), donc diminuer leur stress, leurs retards, les arrêts-maladies ; cela permet de fidéliser les collaborateurs et d’en attirer de nouveaux… à l’arrivée c’est la performance globale de l’entreprise qui est gagnante. »
Réaliser un PDE demande également des moyens. L’appel à un conseil externe est toujours possible, mais de nombreuses entreprises préfèrent traiter le sujet en interne, en désignant un référent. « De la préparation du projet à la mise en œuvre des premières actions, il faut prévoir une durée de 4 à 6 mois. Le suivi et le maintien de la démarche sont quant à eux assurés en continu avec des points d’avancement tous les 6 mois » souligne la spécialiste de l’Ademe.
ademe-region-contactDe nombreuses sources documentaires (voir encadré) et des interlocuteurs sont disponibles à l’Ademe et dans les collectivités territoriales. La communauté Déclic Mobilité, animée par Réseau Alliances, association d’entreprises du Nord Pas-de-Calais, représente d’ailleurs un exemple intéressant de plateforme d’échanges entre des structures privées et publiques engagées sur cette thématique. Elle bénéficie des cotisations de ses adhérents et de subventions de la Région et de l’Ademe pour accompagner les entreprises désireuses de s’engager dans la démarche, dans la mise en place d’ateliers, outils, recueils de bonnes pratiques et autres guides méthodologiques.
« Lors d’un état des Lieux réalisé avec les consultants d’Atema et MHC-Conseil en 2012, nous avons recensé l’existence d’environ 800 PDE sur la région. C’est peu, comparé aux 200 000 entreprises locales, mais cela représente tout de même 20 % des emplois. Et avec le déclenchement de notre PPA au premier janvier 2016, la mobilisation devrait encore s’accélérer » estime Lucile Janssoone, chef de projet mobilité durable chez Réseau Alliances. Pour établir un PDE, il est recommandé d’impliquer plusieurs fonctions de l’entreprise : gestionnaire de flotte, membres du département des ressources humaines, de la communication et du secrétariat général, sans oublier les représentants du personnel ainsi que les salariés volontaires.

Impliquer les collaborateurs, une évidence

entreprises-idees-mobiliteLe résultat de ces rencontres se formalise dans un document, mais aussi dans des actions concrètes aux effets mesurables, ce qui permet de faire vivre le PDE sur la durée. « Il y en a des très écrits, très formels, très Top Down », concède Lucile Janssoone. Mais les plus efficaces sont ceux qui parviennent à combiner des solutions à l’échelle de l’entreprise, voire des individus, avec des démarches beaucoup plus importantes, au niveau de l’aménagement du territoire ou dans des projets interentreprises.
« Toutes les solutions autour du covoiturage ou de l’autopartage sont donc très intéressantes car rapides à mettre en œuvre, impliquantes pour les salariés et avec des résultats tangibles » relève Marie-Hélène Chapel. Il est également important de laisser la créativité et les initiatives s’épanouir (voir ci-contre). Mais au-delà de l’installation d’une douche et d’un garage pour les adeptes du vélo, des projets d’une plus grande ampleur doivent voir le jour. « Le PDE hier et demain le PDM sont des processus vertueux, avec de gros effets de levier sur l’aménagement public, à condition que les entreprises se rassemblent et mutualisent leurs actions. C’est pourquoi nous travaillons souvent au niveau des zones d’activité, pour plusieurs sociétés représentant de 15 000 à 20 000 salariés. Cela permet à la fois de peser sur les choix publics en matière de transports collectifs par exemple, et en sens inverse, à la collectivité de pouvoir s’appuyer sur plusieurs entités partageant les mêmes objectifs pour promouvoir les nouvelles offres de mobilité auprès de leurs salariés ».
Deux ans avant la contrainte légale sur les plans de mobilité, une bonne nouvelle : de l’avis général, les collaborateurs des entreprises actives sur leur PDE se montrent enthousiastes et de véritables dynamiques s’enclenchent à la suite des premiers trains de mesures. Avec un bémol cependant : « La résistance au changement de pratiques naît souvent de la crainte d’une mauvaise gestion des aléas, comme une grève des transports en commun, un co-voitureur malade ou une réunion tardive qui empêche de profiter de la voiture du collègue ». Raison de plus pour « penser services » autour de ces nouvelles pratiques. Par exemple, la mise à disposition de « véhicules de secours » en autopartage au sein de l’entreprise apporte une réponse séduisante à ces réticences. Et vous, avez-vous déjà des idées ?

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