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COP21 : Après l’accord, quelles conséquences pour les entreprises et leurs flottes ?

L’accord historique du 12 décembre dernier entérine l’objectif de contenir le réchauffement climatique en deçà de 2°C, pour atteindre 1,5° C. Mais au-delà du symbole, les mesures concrètes pour réorienter l’économie mondiale vers un modèle à bas carbone ne seront pas opérationnelles avant 2020. Ce qui ne doit pas empêcher les entreprises d’engager, dès aujourd’hui, la réflexion sur la décarburation de leurs flottes.

La conférence parisienne s’est tenue sous l’égide de l’ONU, entre le 30 novembre et le 12 décembre dernier. Sa conclusion, largement médiatisée, a été saluée comme un succès : en effet l’accord a été entériné à l’unanimité des 195 pays présents !

Les grandes lignes de l’accord

  • La limitation du réchauffement climatique en deçà de 2°C, avec un objectif affiché de 1,5°C.
  • Des aides d’un montant initial annuel de 100 milliards d’euros (révisables à la hausse) aux pays en voie de développement pour les aider à s’inscrire dans cet objectif.
  • La confirmation du rôle clé d’une tarification de la tonne de carbone émise pour stimuler les investissements dans les énergies propres.
  • Un mécanisme de révision des objectifs tous les 5 ans.

Ce que l’accord ne contient pas (ou ne dit pas)

  • Il n’est pas opérationnel en l’état : un pacte doit être signé ultérieurement pour mettre en œuvre les mesures censées permettre d’atteindre les objectifs. Concrètement, 2020 doit marquer l’entrée en vigueur du premier pacte, révisé ensuite tous les 5 ans.
  • En tenant compte des engagements déjà pris par les pays en amont de la COP21 en matière de réduction de gaz à effets de serre (GES), la planète serait actuellement sur une trajectoire à + 3 °C. Il y a donc un fossé important à franchir pour atteindre l’objectif de 1,5 °C.
  • L’accord ne précise pas le tarif du carbone émis, se bornant à réaffirmer l’utilité d’un mécanisme qui donnerait des objectifs quantifiés aux entreprises. Sur la bourse européenne du carbone, la tonne est aujourd’hui à 8 euros. Les ONG estiment que le mécanisme « pollueur = payeur » devient efficace à partir de 30 euros la tonne.

Pour les entreprises, des décisions à prendre dès maintenant

La situation pourrait générer de l’attentisme dans les entreprises. Ce serait une erreur. Car des mesures, pour l’instant symboliques, sont prises pour les inciter à réorienter leurs consommations énergétiques.

  • La bourse, depuis longtemps, prend en compte des critères de gouvernance, d’environnement et de responsabilité sociale (dits ESG) dans son analyse des performances des entreprises cotées. L’analyste Marie-Pierre Peillon de Groupama AM explique par exemple, que « dans le secteur automobile, nos analystes financiers et extra-financiers ont parfaitement intégré ces questions. Leurs présentations des défis stratégiques auxquels font face les constructeurs tiennent compte aussi bien de la problématique des émissions de CO2 et d’azote que du volume des investissements en R&D pour les motorisations hybrides ou 100% électriques ». Elle ajoute un peu plus loin : « les investisseurs, en particulier institutionnels, doivent « décarboner » leurs portefeuilles, en privilégiant des titres de groupes aux activités à « bas carbone ».
  • L’Etat prend également des mesures, pour l’instant symboliques, en signant par exemple le 18 décembre dernier un décret instituant des obligations d’information des entreprises et des investisseurs institutionnels en matière d’actions pour le climat. Les trois ministres signataires ont souligné à l’occasion que « la France est le premier pays à se doter d’une réglementation ambitieuse en matière d’actions financières pour le climat ». Par exemple, les investisseurs institutionnels (assurances, mutuelles, retraites complémentaires…) devront améliorer l’information qu’ils fournissent sur les émissions de gaz à effet de serre de leur portefeuille, définir la part verte de leurs investissements, mettre en place une stratégie bas-carbone pour contribuer aux objectifs climatiques.
  • Les scientifiques, déjà confortés par la prise en compte de leurs prévisions pessimistes lors de la COP21, n’ont pas tardé à en traduire la conclusion en objectifs concrets. Ainsi, le climatologue Hervé Le Treut, directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace écrit dans le journal du CNRS : « Il ne sera possible de rester sous les 2°C, ou a fortiori sous les 1,5°C, qu’au prix d’une diminution vertigineuse des émissions de gaz à effet de serre – et du CO2 principalement – tout au long de ce siècle (…). Pour atteindre les objectifs fixés, il faudra nous priver en quelques décennies des combustibles fossiles qui représentent aujourd’hui 80% de nos ressources énergétiques.

Un mot, voire un slogan pour les flottes ? La « décarburation » !

Pour les gestionnaires de flotte, 2020 et l’entrée en vigueur de la première version du Pacte, c’est quasiment demain. Certaines voitures prises en location longue durée cette année verront leur contrat se terminer autour de cette date symbolique. Raison de plus pour adopter, dès aujourd’hui, des comportements compatibles avec l’évolution probable des textes :

  • Mettre à jour le bilan énergétique de la flotte
  • Passer un partenariat avec le responsable RSE de l’entreprise, s’il existe
  • Engager des actions : évolution des parcs vers plus de véhicules hybrides et électriques, formation des conducteurs à l’éco-conduite, incitation à l’autopartage, accès proposés à des moyens de transports propres (vélo), etc.
  • Mesure systématique des progrès enregistrés

Plusieurs pays ont milité pour que le mot « décarburation », plutôt issu de la chimie et qualifiant un procédé ôtant le carbone d’un matériau, soit cité dans le texte final de l’accord, pour souligner l’objectif de réduction drastique de nos consommations d’énergies fossiles. Ils n’ont finalement pas eu gain de cause, mais ce débat confirme que de nombreuses mesures – incitatives ou répressives – vont être prises pour inciter particuliers et entreprises à changer leurs habitudes. Il faut donc se tenir prêt.

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