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Voiture de fonction : On partage ?

Étonnante, cette frénésie collectiviste qui saisit le monde de l’entreprise. Il n’est plus question que de partage…

Jean Savary Jean Savart a été directeur de la rédaction du mensuel Auto Moto. aujourd'hui journaliste freelance, il écrit pour GQ, Caradisiac, Marianne, WE Demain et Notre Temps.

Jean Savary Jean Savart a été directeur de la rédaction du mensuel Auto Moto. aujourd’hui journaliste freelance, il écrit pour GQ, Caradisiac, Marianne, WE Demain et Notre Temps.

Regardez l’évolution des lieux de travail : après le bureau cloisonné, le bureau vitré, puis l’open-space, voici le « desk sharing ». Plus de poste de travail attribué avec photos, dessins des enfants et mug calotté, il faut réserver une table où brancher son ordinateur et un fauteuil à roulettes pour reposer son séant. Après tout, de nombreux cadres, et pas seulement les nomades, passent une partie de leur semaine en dehors de l’entreprise et il ne faut pas gâcher les mètres carrés.

Au fait, tous ne se servent pas de leur voiture en semaine, lui préférant leur scooter ou les transports en commun. Et quand ils l’utilisent pour le boulot-dodo, elle ne décolle souvent pas du parking de l’entreprise entre 9 et 19 heures. Sans oublier que certains n’en ont pas l’usage tous les week-ends ni toutes leurs vacances.
Rien d’étonnant donc à ce qu’émerge le concept de voiture de fonction partagée. Le salarié ne se verrait plus attribuer un véhicule personnel, mais un droit d’accès à un parc de voitures.

La légitimité de l’autopartage se fonde sur deux statistiques implacables : une voiture est stationnée en moyenne 95 % du temps et une voiture « partagée » retirerait neuf autos de la circulation.

Sur le papier, l’idée a de quoi séduire : en fonction de ses besoins personnels ou professionnels, le salarié pourrait choisir entre une citadine facile à garer, un monospace capable de transporter clients, collègues, produits… ou une berline premium pour la « représentation ». Évidemment, il n’y aurait pas une voiture par bénéficiaire mais un peu voire beaucoup moins et c’est là que résiderait l’intérêt financier pour l’entreprise.

Sauf que ça ne marche pas. L’idée de la voiture « au choix » a déjà été testée par Smart qui, pour vaincre l’écueil « biplace », voulait proposer en option un forfait de location de « vraie » voiture. Las, évidemment tout le monde voulait en même temps un 4X4 pour les sports d’hiver, un monospace ou un cabriolet en été et les loueurs contactés ont déclaré forfait.

Autre écueil sur le chemin de la voiture partagée, on aura beau garantir une voiture disponible dans la minute, l’avantage en nature n’y sera plus. Tout simplement parce qu’une auto, c’est comme une brosse à dents : ça ne se prête pas. On y a ses petits papiers, ses grigris, ses CD, son parapluie, ses bottes et ses Ray-Ban, les clés de sa résidence secondaire, ses chewing-gums et médicaments. Sans oublier sur la moquette, papiers de bonbons, épluchures de clémentine, sable du Touquet, boue du Limousin, feuilles mortes de Rambouillet et rognures d’ongle d’avant la présentation à Du Schmoll SA.

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