Billet d'HumeurNon classé

Algocratie

Le Mondial de l’Automobile ouvre ses portes le 1er octobre 2016 à Paris. Cette année, deux tendances sont à retenir.

La première, c’est la plus grande intervention des politiques publiques dans la dynamique du marché ; la seconde, c’est l’imaginaire collectif grandissant sur l’avenir du secteur et notamment sur la voiture autonome.

Des Etats-Unis à la Chine, en passant par le Royaume-Uni et l’Espagne, ce sont bien les politiques publiques qui vont, en grande partie, faire tourner le moteur des ventes automobiles. Coup de pouce fiscal, taux d’intérêt faibles, incertitudes politiques sont au rendez-vous pour expliquer que les immatriculations décollent dans certains pays et stagnent dans d’autres. La voiture reste le symbole de la classe moyenne, et ses ventes sont l’indicateur d’un avant-goût de crise ou de reprise. De l’Argentine à l’Iran, en passant par le Brésil et la Turquie, ouvrez le capot et vous saurez où en est le pays ! En parallèle, de nombreux pays ont opté pour davantage de concurrence sur les chaînes de valeur, structurant là encore le marché automobile, par la production cette fois.

Après une année marquée par l’obsession de la voiture propre, suite aux révélations dans l’affaire d’un grand constructeur allemand, il semblerait que le secteur a besoin de se rassurer en se réinventant. C’est donc la voiture de demain qui fascine, celle qui conduit et se gare toute seule. C’est désormais une certitude ; l’intelligence artificielle s’attaque à l’auto et va très vite faciliter les choses qu’on ne sait pas faire autrement, comme un créneau ! L’apprentissage (Machine Learning) et le Big Data ont permis d’accélérer la connaissance et de sublimer l’expérience dans de nombreux secteurs déjà, du web à l’internet des objets. Les robots pourraient même faire preuve de singularité, comme la définit Kurzweil, c’est-à-dire avoir une conscience artificielle. Pour l’auto, Stephen King aurait donc vu juste, c’est Christine, version sympa : elle peut aller chercher les enfants à l’école toute seule !

La recherche du bon algorithme, l’apprentissage dans des conditions routières et météorologiques variées, la résolution des vides juridiques et assurantiels sont autant d’objets d’investissements pour constructeurs et entreprises de la Tech. Faciliter la vie de l’usager est essentiel, d’autant que l’auto-machine prendrait de meilleures décisions qu’un être humain !

De plus en plus de parties de nos existences sont contrôlées, dirigées et régulées par des algorithmes. L’algocratie guette. Gestion d’actifs, ventes en ligne, choix de divertissements, et bientôt nos voitures seront désormais guidées par nos choix passés. Je m’insurge ! Qu’en est-il du plaisir de conduire, cheveux au vent ? De zigzaguer sur une route de campagne déserte pour séduire son passager ? De caler en côte ? Moi, j’aime conduire, ce serait bête qu’on m’enlève (aussi) ce plaisir-là !

Ludovic Subran
Chef économiste, Euler Hermes Group

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