Gestion de flotte

Mobilité des collaborateurs

Mobilité des collaborateurs

L’affaire de tous ?

Il semble révolu le temps où seuls les gestionnaires de flotte, les responsables financiers et quelques cadres dirigeants se consultaient pour élaborer ensemble la car policy de l’entreprise. De nouveaux acteurs sont désormais partie-prenante dans le débat : DRH, responsables des achats, responsables RSE et bien sûr, représentants des collaborateurs qui expriment les attentes de ces derniers. Mais la réflexion va devoir se structurer alors que se profilent les premières publications autour des obligations liées à la mise en œuvre des plans de déplacement d’entreprise.

La mobilité des collaborateurs : un sujet prioritaire dans les comités de direction ? Rien n’est moins sûr, car gérer une flotte de véhicules reste encore la réponse la plus traditionnelle de l’entreprise pour faire face aux contraintes de mobilité de ses collaborateurs, qu’il s’agisse d’effectuer des missions spécifiques (avec des véhicules de service ou des utilitaires) ou de participer au package statutaire de certains cadres par l’octroi d’un véhicule de fonction. Des initiatives se multiplient néanmoins au sein des entreprises, qui se tournent de plus en plus vers des solutions de mobilité innovantes et de nature à faciliter les déplacements de leurs salariés (autopartage, covoiturage) en complément de la gestion plus traditionnelle de leur parc automobile.

Une logique avant tout financière

L’essentiel de la réflexion reste guidé par la recherche d’un TCO optimisé et de la fiscalité la plus avantageuse. Dans les plus grandes structures, la réflexion est généralement menée par le gestionnaire de parc, le responsable des achats et le directeur financier. Dans les moins importantes, ces trois fonctions sont souvent concentrées sur deux, voire parfois une seule personne, comme nous l’explique Jérôme Mirebeau, responsable comptable de Era-Immobilier, qui pour son siège français gère une flotte de 14 véhicules (dont une moto). La petite taille de sa structure (voir encadré) lui permet de garder une proximité appréciée avec les conducteurs et de rester à l’écoute de leurs attentes en termes de mobilité. C’est ainsi qu’il a dernièrement contribué à faire évoluer la car-policy qui désormais intègre une nouvelle marque, de nouveaux modèles et de nouvelles couleurs de carrosserie – rompant ainsi avec des habitudes bien ancrées pour un modèle, un constructeur et une couleur uniques.

Rester à l’écoute des besoins individuels

Cette proximité avec les conducteurs est évidemment plus complexe à mettre en œuvre dans les grands groupes. Cela n’empêche pas leurs responsables de développer des stratégies en vue de recueillir des informations sur les attentes de leurs filiales, par exemple, qui peuvent parfois exprimer des besoins spécifiques. L’objectif : produire une car-policy respectueuse de la logique financière de l’entreprise d’une part et des attentes du terrain en termes de mobilité d’autre part.

Jean-Romain Theil, responsable des achats de frais généraux du groupe LVMH, travaille par exemple sur une charte contenant les principales règles et best practices qui doivent être appliqués par l’ensemble des filiales du géant du luxe, «ce qui laisse à chacune de nos maisons, en France comme à l’étranger, le loisir de paramétrer ensuite leurs propres décisions dans le respect de la politique générale». Et s’il négocie des accords-cadres et des remises groupe avec les constructeurs et les sociétés de location longue durée, il reste néanmoins dans l’impossibilité de leur garantir des volumes. «En fait, je me transforme ensuite en promoteur de leurs offres auprès de mes clients internes».

Naissance de structures pluridisciplinaires

La situation de Jean-Romain Theil peut sembler originale mais elle préfigure sans doute les nouveaux modes de réflexion autour de la mobilité des collaborateurs. «Je me dois de trouver des arguments susceptibles de convaincre des directions qui recherchent des objectifs très différents.»

Chez Colas, la responsable des achats, Natacha Ressel, participe à un comité pluridisciplinaire semestriel qui réunit autour de la direction des achats la direction financière, la DRH et la direction des équipements, principale utilisatrice de l’imposante flotte de véhicules à vocation industrielle notamment (voir encadré).

La présence du DRH, directement impliqué dans l’attractivité de l’entreprise (marque employeur) et la fidélisation des collaborateurs, semble logique. Comme le sera certainement, à l’avenir, celle du responsable RSE, alors que les entreprises sont soumises à une pression grandissante sur la réduction de leur bilan carbone. «Dans les années à venir, il est également souhaitable que nous intégrions à notre réflexion d’autres offres de mobilité, en tenant compte de l’évolution des attentes, de l’offre de transports en commun ou de moyens de déplacements doux» relève encore Natacha Ressel. Les cartes mobilité, les services d’autopartage ou encore la location de scooters et de motos auraient ainsi de beaux jours devant eux ?

Sans doute, mais pas seulement par simple intérêt de la part des entreprises. Car le 1er janvier 2018 risque fort d’accélérer leurs réflexions et la recherche de solutions pour l’optimisation des déplacements de leurs collaborateurs. Cette date marquera en effet l’entrée en vigueur d’une des dispositions de la loi pour la transition énergétique, à savoir l’obligation pour tous les groupes qui possèdent au moins un site où travaillent 100 salariés d’élaborer leur Plan de déplacement d’entreprise (PDE : voir encadré p.6).

A la clé, dans un premier temps, le recensement de tous les moyens de transport utilisés par les collaborateurs dans le cadre de leur activité, y compris pour leurs trajets domicile-travail. Et par la suite, chaque entreprise concernée devra proposer au moins trois axes d’amélioration en vue de réduire son impact sur l’environnement. On peut imaginer que dans les premiers mois suivant cette mise en place les contrôles ne seront pas trop stricts ni sur la réalité des mesures adoptées ni sur la performance des actions correctives proposées. Et il est tout aussi logique de penser que la pression pourrait s’intensifier par la suite, dans le cadre de la mise en place des règles découlant de l’accord de Paris à l’occasion de la Cop 21. Il sera alors d’autant plus nécessaire dans les entreprises d’écouter toutes les voix concernées par la question de la mobilité. Celles qui s’expriment au comité de direction, mais certainement aussi celles des collaborateurs, en particulier les jeunes générations dont les attentes évoluent et qui auront des solutions sans doute originales à proposer.

Des CXO et des collaborateurs de plus en plus concernés

Depuis deux ans, la rédaction de Fleetmag rencontre et interroge des professionnels occupants différentes fonctions dans les entreprises mais tous impliqués dans les choix de véhicules ou de services autour de la mobilité. Verbatim… et solutions nouvelles.

Christophe D., responsable achats, logistique et sécurité:
«Nous avons fait le choix de la compensation carbone pour 35 véhicules de fonction au sein de notre flotte, un service proposé par un partenaire de notre loueur longue durée, pour l’évidente cohérence avec notre image d’entreprise proche de la nature (…). Nous avions choisi des modèles thermiques non impactés par le malus écologique mais aujourd’hui, nous pensons pouvoir aller plus loin en les remplaçant, dans un futur proche et dans les situations qui le permettent, par des véhicules électriques.»

Ariane M., DRH:
«Nous constatons, surtout en milieu urbain, que nombre de jeunes collaborateurs attachent moins d’importance au fait de disposer d’un véhicule. Mieux, ils la refusent parfois, trouvant plus simple et même valorisant le fait de se reposer sur AutoLib’ pour les rares fois où ils ont besoin d’une voiture. Nous avons donc instauré une prime mensuelle pour ces salariés, qui compense une partie de l’avantage en nature dont ils choisissent de ne pas bénéficier.»

Jean M., directeur achats et Immobilier:
«Nous avons nommé un Mobility manager pour en finir avec la distinction qui est habituellement pratiquée entre «gestion de flotte» et «travel management» (…). Nous devons changer de paradigme. Car la génération Y, qui représentera bientôt 40 % des effectifs, est beaucoup plus attachée à la valeur d’usage qu’à celle de la propriété. Il ne faut plus mettre à sa disposition seulement des moyens de déplacement, mais un ensemble de services pouvant être assemblés les uns aux autres afin de rendre les trajets les plus fluides possibles.»

Jérôme D., directeur commercial:
«L’autopartage est la nouvelle clé de mes rendez-vous commerciaux. (…)  Le service est venu compléter la panoplie des solutions déjà disponibles, à savoir les taxis, l’appel à des chauffeurs ou encore l’utilisation des véhicules personnels avec remboursement ultérieur des frais kilométriques. Très concrètement, je viens au bureau, chaque matin, avec ma voiture. Je la gare au parking de l’entreprise. Et si j’ai besoin de me déplacer professionnellement dans la journée, je privilégie les trois véhicules en autopartage (…). Cela fonctionne si bien que je me demande s’il ne faudrait pas compléter ce parc avec des scooters, qui ont beaucoup de succès auprès de nos commerciaux parisiens »

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