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Femmes au volant : bons points pour « bonne conduite »

En janvier dernier, l’Observatoire national interministériel de la Sécurité routière – l’ONISR – a dévoilé son bilan de l’accidentalité sur les routes en 2017. Comme chaque année, les résultats identifient les populations les plus accidentogènes selon divers critères, parmi lesquels l’âge et le genre. Et une fois encore, les disparités entre femmes et hommes quant aux infractions et aux délits au volant sont éloquentes. Mais pas forcément dans le sens que l’on croit…

À l’approche de la Journée internationale des femmes (le 8 mars), retour sur les idées reçues et focus sur la réalité.

Des faits qui mettent les idées reçues au point mort

En mai 1898, huit ans après le premier examen du permis de conduire, la duchesse d’Uzès devient la première femme en France, mais aussi dans le monde, à détenir son permis de conduire, alors appelé « permis de capacité ». Trois mois plus tard, elle devient également la première femme à être verbalisée après avoir dépassé les 12 km/h autorisés dans le bois de Boulogne pour atteindre les 15 km/h. Est-ce à elle que les femmes doivent leur fâcheuse réputation et le morbide adage « Femme au volant, mort au tournant » ? On est pourtant loin des 287 km/h atteints par un chauffard – de sexe masculin – qui détient depuis 2002 le record absolu de vitesse enregistrée sur les routes françaises.

Dès 1929, une femme s’illustre au volant de voitures de courses. À peine âgée de 20 ans et détentrice de la carte rose depuis tout juste un an, Simone Louise de Pinet de Borde des Forest participe à de nombreux rallyes et à des courses automobiles… et ne déplore aucun accident. Elle serait à l’origine de l’expression désormais courante : « En voiture, Simone ! ».

120 ans après la contravention pour excès de vitesse reçue par la duchesse d’Uzès, les chiffres de l’ONISR l’affirment : les femmes commettent bien moins d’infractions et de délits au volant que les hommes.

En 2016, 67% des points de permis retirés concernent des hommes ; 63% des infractions de troisième et quatrième classes sont perpétrées par des hommes, et 95% des délits ; 93,1% des personnes condamnées pour conduite malgré une suspension de permis sont des hommes ; en 2015, les hommes représentent 89,1% des infractions pour conduite en état d’ivresse, la part des femmes concernées ne cessant néanmoins de croître : 10,9% en 2015, contre 6% en 2000. Enfin, 74,6% des conducteurs condamnés pour homicide involontaire sans circonstances aggravantes sont des hommes, et 88,5% avec circonstances aggravantes.

La femme, avenir de l’automobile ?

À ceux qui affirment que les résultats disparates évoqués ci-dessus s’expliquent par un nombre de conductrices moins important, le ministère de l’Intérieur rappelle dans son rapport de 2016 portant sur l’examen du permis de conduire, que le permis de conduire est attribué à 49,1% de femmes.

Les femmes ne sont donc pas à négliger par le secteur automobile ni par les acteurs des services associés. À commencer par les constructeurs qui, outre les couleurs et finitions jugées davantage adaptées à la gente féminine, conçoivent entièrement certains de leurs modèles pour les femmes. C’est par exemple le cas de la marque Mercedes-Benz, qui souhaite toucher avec la version 2018 de son modèle-phare, la berline Classe A, une cible plus féminine. En parallèle, certaines assurances, convaincues par la « bonne conduite » des femmes, leur accordent un tarif préférentiel pouvant aller jusqu’à une réduction de 20%.

L’Arabie Saoudite, dernier pays à réserver la conduite aux hommes, autorisera les femmes à conduire à partir de juin 2018. Une opportunité sociale mais aussi économique : en janvier dernier s’est tenu à Djeddah le premier salon du pays dédié à l’automobile et réservé aux femmes.

 

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