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Les professionnels, mauvais élèves de la sécurité routière

Comme chaque année, l’Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière – l’ONISR – a publié fin janvier son bilan provisoire de l’accidentalité routière. Selon ces premières estimations, les résultats sur l’année 2017 sont plutôt positifs, la mortalité sur les routes affichant une baisse de 1,2%. Néanmoins, le nombre d’accidents est en hausse de 2,4%, de même que le nombre de blessés : +2%.

En 2017, la vitesse excessive ou inadaptée, l’alcool et le non-respect des règles de priorité sont restés en tête des causes de mortalité sur les routes. Malgré les campagnes choc mises en place par la Sécurité routière, les Français interrogés sur leur conduite continuent d’adopter régulièrement, de leur propre aveu, des comportements à risque lorsqu’ils sont au volant. Et alors que les accidents de la route constituent la première cause de mortalité au travail en France, les professionnels explosent le compteur en matière de mauvais comportements…

Quand conscience professionnelle rime avec danger

Les résultats du baromètre AXA Prévention1 et ceux de l’étude Ifop pour Fleetmatics2, tous deux publiés en 2017, se complètent et sont éloquents : au volant d’un véhicule d’entreprise, les conducteurs ont tendance à commettre davantage d’infractions.

Première cause de mortalité sur les routes, la vitesse excessive est un comportement fréquent chez les automobilistes professionnels : 90% des conducteurs interrogés reconnaissent dépasser régulièrement les limitations de vitesse, 17% précisant excéder les 160km/h[1]. Parmi les raisons invoquées : le manque de temps et le fait d’être en retard au travail ou à un rendez-vous professionnel (71% des sondés) et le stress (62%)[2]. Sur le trajet retour, 45% ont besoin – envie ? – de rejoindre rapidement leur domicile.

Certains professionnels, comme les commerciaux, les techniciens et les livreurs, passent plusieurs heures par jour au volant de leur véhicule de service. Aussi, outre le fait d’adopter une vitesse trop élevée afin d’honorer leurs multiples rendez-vous quotidiens, nombreux sont ceux qui profitent de ces « entre-deux » pour consulter leurs SMS et leurs mails en conduisant – une fois par mois pour 61% des personnes  interrogées, tous les jours pour 35% des répondants2 – ce qui multiplie le risque d’accident par 23 !

Par ailleurs, la conduite en état d’ébriété, cause de nombreux accidents mortels, n’épargne pas les professionnels. Près d’un professionnel sur 3 admet avoir pris le volant après avoir consommé plus de 2 (30%) voire plus de 5 verres (7%) au cours d’un déjeuner professionnel1.

La responsabilité des entreprises engagée

Parce que la quête de performance peut inciter les salariés à réduire le temps passé au volant en effectuant des excès de vitesse ou à travailler en conduisant, les entreprises doivent mettre en place un accompagnement de leurs salariés pendant qu’ils sont au volant mais aussi en amont et en aval.

En amont, la prévention via des campagnes de communication interne, des stages d’éco-conduite et la signature d’une charte de bonne conduite engageant la responsabilité de l’employé et récompensant les bons élèves, par exemple, peuvent aider à sensibiliser les conducteurs. Les employeurs peuvent aussi prendre le parti d’interdire aux salariés au volant d’accéder à leurs mails professionnels sur leur téléphone portable.

En complément, en cas d’infraction détectée, les entreprises sont depuis janvier 2017 obligées de désigner les conducteurs fautifs afin que les amendes et les retraits de points leur soient imputés.

Si la productivité est un élément-clé de la performance d’une entreprise, c’est sa force vive qui constitue sa richesse. Loin de la mettre en danger, il faut au contraire la préserver. Tant que les véhicules totalement autonomes, permettant de transformer l’habitacle en bureau mobile et de rentabiliser le temps de trajet, ne seront pas démocratisés et que la sécurité de leurs occupants ne sera pas totalement assurée, le véhicule d’entreprise doit représenter une opportunité pour le salarié, et non une contrainte ou un danger.

 

[1] « Le comportement des Français au volant ». 13e baromètre AXA Prévention, novembre 2017.

[2] « Les Français et la sécurité routière au travail ». Étude Ifop pour Fleetmatics, novembre 2017.

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